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Ronflement La fin du cauchemar

Par Ludovic Chappex, Melinda Marchese - Mis en ligne le 13.01.2010

SANTÉ. Le ronflement est un tue-l’amour qui se soigne désormais médicalement: le nombre de consultations a explosé en Suisse. Et la science s’intéresse de près à ce fléau. Conseils, techniques et témoignages pour retrouver un sommeil paisible.

«Il ronflait avec un bruit de tuyau d’orgue, des renâclements prolongés, des étranglements comiques.» Comme la plupart des grands écrivains qui ont décrit le ronflement, métaphores et détails pittoresques à l’appui, Guy de Maupassant (Une aventure parisienne, 1881) y trouve quelque chose de truculent, presque joyeux. Coupable légèreté? À l’époque, personne ne semblait en tout cas suspecter le possible drame cardiopulmonaire associé à ce symptôme. La diminution ou l’arrêt du flux respiratoire pendant le sommeil (une pathologie connue depuis sous le terme d’apnée obstructive du sommeil) ne suscitait pas de curiosité ou d’inquiétude manifeste. Quant aux effets désastreux du ronflement sur la vie de couple, seule la résignation des victimes permettait, tant bien que mal, de les surmonter.

Aujourd’hui, le fatalisme n’est plus de mise, et l’on assiste à une prise de conscience généralisée: le ronflement intéresse la science et le public, tandis que les médecins et ORL spécialisés croulent sous les consultations, comme en atteste Raphaël Heinzer, responsable du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV-UNIL: «Pour juger de l’intérêt scientifique du sujet, il suffit de consulter PubMed, qui recense les principales publications médicales au niveau mondial. En l’an 1980, par exemple, seuls 22 articles traitant du ronflement avaient été publiés, contre 135 articles en 1990, puis 324 articles en 2000 et... 915 articles en 2009!»

Complications cardiaques. On considère que le ronflement concerne environ deux tiers des hommes, contre la moitié seulement des femmes. Ces proportions augmentent encore avec l’âge, surtout dès 50 ans, même s’il s’avère difficile de quantifier précisément l’ampleur du phénomène. Reste que, à poids et à facteurs de risques égaux, les femmes ronflent moins. Tous les mécanismes ne sont pas encore connus mais, selon les scientifiques, des facteurs hormonaux expliquent qu’elles soient partiellement protégées de ce fléau.

Bien entendu, tous les ronfleurs ne souffrent pas d’apnée du sommeil – loin s’en faut – mais il se trouverait tout de même 150 000 personnes en Suisse sujettes à ce syndrome, selon la Ligue pulmonaire. Pour sensibiliser davantage la population, l’organisation vient d’ailleurs de lancer, ce 11 janvier, une vaste campagne d’information dans l’ensemble du pays, mettant en garde contre les conséquences potentiellement fatales de cette maladie. Il faut savoir que la respiration des patients souffrant d’apnée du sommeil s’interrompt entre 50 et plusieurs centaines de fois par nuit, d’où une fatigue extrême tout au long de la journée. Souvent, le problème débute par un simple ronflement, qui se transforme peu à peu en apnée du sommeil, entraînant finalement des complications cardiaques et neurologiques. «Nous encadrons actuellement 29 000 personnes concernées par ce problème, souligne Thomas Weiler, responsable des thérapies à domicile à la Ligue pulmonaire. Pour y remédier, les patients peuvent porter un masque nasal de respiration assistée, également appelé CPAP («continuous positive airway pressure», ndlr). Généralement, ils se sentent plus reposés après quelques nuits seulement.»

A la section vaudoise de la Ligue pulmonaire, Philippe Vuilliomenet, responsable du département appareils et logistique, livre quelques chiffres qui attestent d’une prise de conscience: «En l’espace de trois ans, le nombre de patients traités par CPAP dans le canton de Vaud a plus que doublé, passant de 2160 à 4800 personnes, alors qu’elles n’étaient encore que 335 en janvier 2000.»

Tragédie conjugale. «Le ronfleur est un malheureux qu’il faut secourir, c’est aujourd’hui une évidence pour la plupart des médecins», souligne Claude-Henri Chouard, chirurgien français, membre de l’Académie nationale de médecine. Sauf que le plus souvent, la personne concernée n’a même pas conscience qu’elle ronfle! Ce qui finit par peser lourdement sur la vie de couple. «Peu de ronfleurs comprennent l’importance du handicap social dont ils sont atteints, précise le spécialiste. Pratiquement tous sont persuadés que leur conjoint – dont les doléances les conduisent finalement à consulter – exagère dans ses descriptions et ses plaintes!»

«Le ronflement du conjoint peut constituer un facteur de dépression», relève pourtant Anne Chaudieu, thérapeute de couple à Genève. La chose est un vrai cauchemar pour les femmes, et du coup aussi pour les couples. Et quand le ronfleur incriminé refuse toute forme de soins ou de traitement, alors la colère et l’incompréhension mutuelle ont tôt fait de conduire à la tragédie conjugale. Le ronflement mène aux disputes, au manque de désir, aux frustrations conjugales, voire même au divorce: une étude belge estime que 79% des couples «ronflants» font de temps à autre chambre à part et 56 % des ronfleurs font un lien direct entre ronflements et problèmes de couple.

Mais dormir à côté d’un ronfleur, ou respectivement d’une ronfleuse, ne suscite pas uniquement de l’agacement: lorsque l’insupportable bruit s’accompagne de troubles respiratoires et d’apnées, c’est souvent l’inquiétude, sinon la peur, qui prend le dessus, fait remarquer Raphaël Heinzer, du centre du sommeil du CHUV: «L’angoisse du conjoint est un phénomène que nous observons très fréquemment. Il y a quelque chose de terrifiant à entendre son partenaire cesser de respirer, puis chercher son souffle bruyamment, comme s’il allait s’étouffer dans son sommeil.»

Record de décibels. Bien que le ronfleur engendre une nuisance évidente pour son voisinage plus ou moins immédiat, aucune étude systématique n’a jamais été effectuée à ce propos. Il faut se contenter d’enquêtes approximatives, commandées par des entreprises généralement intéressées au lucratif business du ronflement... Comme ce sondage effectué par une compagnie de bandelettes nasales, selon lequel les conjoints de ronfleurs perdraient en moyenne 687 heures de sommeil par année.

Si l’on songe que le record de décibels enregistré pour un ronflement s’élève à 87 dB, soit le bruit d’une tronçonneuse, on comprend que de nombreux couples se résolvent à faire chambre à part (lire les témoignages en pp. 37-38). Un triste pis-aller? Pas forcément. Cette solution de dernier recours, bien qu’elle montre souvent l’impuissance du couple à régler le problème, peut tout de même avoir ses bons côtés. «Beaucoup de couples font chambre à part de façon parfaitement épanouie, constate ainsi Philippe Lechenne, directeur de l’Institut d’études du couple et de la famille (IECF), à Genève. Cela peut même constituer une nouvelle manière de se séduire et mettre du piment dans la relation.» Certains conjoints, paraît-il, vont jusqu’à reconduire cette formule en voyage, en réservant chacun sa chambre à l’hôtel.
Comme le souligne le psychiatre et sexologue italien Willy Pasini, les citoyens des pays nordiques, à majorité protestante, sont plus enclins à dormir séparément, contrairement aux gens du Sud: «Historiquement, l’Eglise catholique préconise que les époux dorment dans le même lit, cela afin de favoriser les naissances, mais ce mode de vie n’est pas pour autant universel et les habitudes évoluent rapidement.» Il ressort ainsi d’une étude américaine qu’un couple marié sur quatre fait désormais chambre à part. Une situation qui, selon les auteurs de l’étude, pourrait concerner 60% des couples d’ici à 2015. Ronflements ou pas.
 
Lire aussi l'article: Ronflement, ce qui marche, ce qui ne marche pas, par Ludovic Chappex
 
RONFLER, C’EST QUOI?

Physiologiquement, le bruit du ronflement résulte de la vibration dans l’air respiratoire des muscles et des muqueuses de la gorge, détendus par le sommeil. Cette vibration peut avoir diverses origines: l’embonpoint – qui induit un rétrécissement de la gorge – est régulièrement pointé comme une cause majeure, de même que la consommation d’alcool, qui accentue le relâchement musculaire, ou encore de tabac, qui obstrue les voies nasales. Plus prosaïquement, le fait de dormir sur le dos favorise également le ronflement.
Les éléments les plus soumis à cette vibration sont le voile du palais, et notamment la luette, mais aussi les joues, la langue ou encore les amygdales. Il faut aussi noter que certaines pathologies et particularités physiques prédisposent au ronflement, telles qu’une obstruction nasale, un cou court ou une mâchoire inférieure peu développée. Si un ronflement léger ne perturbe pas la qualité du sommeil, les choses se compliquent quand le phénomène d’asphyxie devient plus fréquent et intense. «On observe une gradation qui va du ronflement simple jusqu’au syndrome d’apnée (soit des arrêts respiratoires prolongés survenant plus de 50 fois par nuit), explique Raphaël Heinzer du centre du sommeil du CHUV. L’arrêt respiratoire provoque une baisse du taux d’oxygène dans le sang. Passé un certain stade, ce symptôme doit être traité médicalement.»
 
QUE FAIRE QUAND VOUS DORMEZ À CÔTÉ D’UN RONFLEUR?

«Dois-je le pincer? Lui mettre un coup de coude?» La tête enfouie dans l’oreiller, le conjoint d’un ronfleur ne peut s’empêcher de cogiter perfidement: comment faire cesser ce boucan? L’astuce miracle n’existe malheureusement pas. «Bousculer ou déranger de quelconque manière quelqu’un qui ronfle risque tout simplement de le réveiller, explique Katerina Espa Cervena, du laboratoire du sommeil des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Il va certes arrêter de ronfler quelques instants, mais il recommencera lorsqu’il s’endormira à nouveau.» On n’aura donc réussi qu’à perturber son sommeil.

Le partenaire peut se résoudre à dormir avec des boules Quies (si les décibels ne sont pas trop élevés) ou prendre de l’homéopathie à base de valériane, qui aide à dormir. Si le problème perdure, les spécialistes encouragent le ronfleur à consulter un médecin qui lui conseillera une méthode «antironflements» adaptée à son cas (lire en page 39).
Pour les ronflements plus ou moins occasionnels, dus à un repas copieux ou bien arrosé, par exemple, la position du ronfleur peut influencer le volume de ces pénibles nuisances sonores. Dans ces cas-là, un changement de position suffit parfois à régler le problème: «Chez certaines personnes, dormir sur le dos augmente les ronflements, précise Raphaël Heinzer, chef du centre du sommeil du CHUV. On peut essayer de faire bascu-ler délicatement la personne qui ronfle sur le côté.»
 
CLAUDIO CAPUTO, 29 ANS, INFORMATICIEN
«Je trouvais normal de ronfler»

«On m’a toujours dit que je ronflais. Je ne m’en souciais pas trop, car personne ne s’en était plaint. Et cela ne m’inquiétais pas outre mesure puisque beaucoup de monde ronfle! Un jour, alors que je partais camper sous tente, j’ai tout de même acheté des patchs «antironflements» dans une grande surface pour éviter d’embêter mes amis – ce qui n’a pas vraiment marché… Jusqu’au jour où, en 2005, le bruit a fini par me réveiller moi-même. A cette époque, je dormais vraiment très mal, je me réveillais plusieurs fois dans la nuit, je voyais les heures passer. Mon sommeil était très léger et j’ai également commencé à prendre du poids. A cause de ce manque de repos qui s’accumulait, j’étais fatigué en permanence, je somnolais tout au long de la journée. J’étais affaibli, je tombais très facilement malade et j’étais constamment grippé. A force, je n’avais plus envie de faire quoi que ce soit. J’ai arrêté le sport, je sortais très peu, souvent pour aller au restaurant parce que c’est une activité statique. Une sorte de cercle vicieux s’est mis en place au fil des années. Je me suis finalement décidé à consulter en août 2008, je pensais que je faisais une dépression due au stress professionnel. Les médecins m’ont fait passer une série d’examens pour finalement diagnostiquer une apnée du sommeil. Il y a une année, j’ai commencé le traitement avec un appareil de respiration assistée (CPAP). Aujourd’hui, mon sommeil est de bien meilleure qualité et j’ai repris goût à la vie.»
 
MASSIMILIANO TRIBULATO, MÉCANICIEN ET IVANA MANGANO, ASSISTANTE MÉDICALE
«J’étais très inquiète pour lui»

Lui: «Sous l’impulsion de ma femme, je me suis rendu au Centre d’investigation sur le sommeil du CHUV en 2007, mais il a fallu une année pour me convaincre d’y aller! Elle me disait que je ronflais très fort, qu’il m’arrivait de ne plus parvenir à respirer et que je sursautais dans le lit. Au départ, je lui disais qu’elle délirait! Ces nuits agitées l’empêchaient de bien dormir également. Le matin, j’étais de mauvaise humeur, il ne fallait pas me parler ni me toucher. La journée, j’étais très irritable et même très désagréable, ce qui a causé de nombreuses disputes entre nous. Je m’endormais partout, je voulais vite rentrer si nous allions dîner chez des amis par exemple.»

Elle: «J’étais très inquiète pour lui, d’où mon insistance pour qu’il consulte. Pendant la nuit, je remarquais que mon compagnon s’arrêtait de respirer à plusieurs reprises, j’étais angoissée à l’idée qu’il ne puisse pas reprendre son souffle ou qu’il fasse un arrêt cardiaque en plein sommeil. Aujourd’hui, suite aux examens, nous savons que Massimiliano est apnéique. Il dort désormais avec un appareil de respiration assistée, il s’y est habitué dès le premier soir et ne ronfle plus. Sauf lorsqu’il lui arrive d’oublier, pour une sieste par exemple, de mettre l’appareil.»
 
EVELYNE PERONE, 57 ANS, ENSEIGNANTE
«Je me sentais moins désirable»

«Il y a trois ans, mon mari m’a dit que je m’étais mise à ronfler; je me suis sentie mal à l’aise. Je n’aimais pas m’imaginer endormie, la bouche ouverte en train de ronfler, je ne trouvais pas cette attitude très élégante! Mes ronflements l’empêchaient de s’endormir, il a donc fini par passer ses nuits dans la chambre d’amis. La situation ne me plaisait pas, je me sentais repoussante et moins désirable. Ce fut une période difficile qui a duré une année environ. Lui se montrait rassurant, il me disait que je n’y étais pour rien. Heureusement, la séparation nocturne n’a pas détruit notre relation amoureuse. Je remarquais également que j’étais toujours fatiguée, mais aussi moins patiente et moins tolérante avec mes élèves.

J’ai fini par consulter un spécialiste du sommeil afin de trouver un remède à mes ronflements. Je ne voulais pas déranger mes amis ou des voisins si l’on se rendait en vacances dans un lieu où les cloisons entre les pièces étaient fines par exemple. Le diagnostic a été posé: j’étais apnéique. J’ai d’abord essayé un CPAP mais je trouvais l’appareil trop encombrant. Une amie m’a suggéré d’essayer une prothèse d’avancement mandibulaire. Dans mon cas, ce traitement a suffi à empêcher les ronflements et une grande partie des apnées. Cela fonctionne parfaitement. Aujourd’hui je porte ma prothèse toutes les nuits et même lors de mes déplacements en voiture ou en avion. Comme je dors mieux, j’ai retrouvé ma forme et mon enthousiasme. Et surtout, j’ai retrouvé une meilleure image de moi en tant que femme.»
 
SANDRO POHLI, 49 ANS, JURISTE
«Faire chambre à part nous convient bien»

«Mon ami et moi faisons chambre à part du dimanche soir au vendredi soir et cela depuis le début de notre cohabitation il y a sept ans. Ses ronflements m’empêchent de dormir, surtout en fin de nuit, et je ne veux pas prendre le risque d’être fatigué au travail. En fait, sa cloison nasale est obstruée; un spécialiste nous a parlé d’une opération qui pourrait y remédier. C’est une intervention plutôt lourde et le médecin ne pouvait pas lui garantir d’amélioration quant à la diminution des ronflements, mon ami n’a donc pas souhaité se soumettre à l’opération.

Cette séparation nocturne ne nuit absolument pas à notre vie de couple, au contraire nous nous réjouissons toujours du week-end – et des vacances – où nous partageons le même lit. Ces nuits-là deviennent même des moments privilégiés. Je porte simplement des tampons auriculaires. Ce système nous convient bien d’autant plus que nous avons des rythmes différents – il se couche bien plus tard que moi. Par ailleurs, je n’ai jamais considéré que faire chambre à part signifiait que le couple se portait mal, parce que mes parents ont toujours dormi de cette manière. Mon père ronflait, mais cela n’a pas empêché mes parents d’avoir trois enfants!»
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