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Existe t'il un lien entre un virus et la fatigue chronique?

La lettre d’information en ligne du quotidien du Médecin (Quotimed) et le Monde.fr publient un article évoquant l’hypothèse de l’implication d’un rétrovirus dans le syndrome de fatigue chronique. Vous  retrouverez ces articles réstitués ci-dessous.

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Un rétrovirus lié au syndrome de fatigue chronique

Un rétrovirus pourrait-il contribuer au mystérieux syndrome de fatigue chronique? Des Américains ont détecté le rétrovirus XMRV (virus apparenté aux virus de la leucémie murine xénotrope) dans les cellules immunes sanguines de deux tiers des patients souffrant de ce syndrome. In vitro, le virus XMRV apparaît infectieux, tant sous forme libre qu’associé aux cellules. Des études seront nécessaires pour déterminer si ce virus joue un rôle causal, non seulement dans le syndrome de fatigue chronique, et peut-être aussi dans d'autres maladies comme le cancer de la prostate.
 

LE SYNDROME de fatigue chronique (SFC), diagnostiqué après élimination des causes connues de fatigue, est caractérisé par une fatigue extrême inexpliquée perdurant depuis plus de six mois, et survenant chez une personne jusque-là en bonne santé et non dépressive. Il affecterait jusqu'à 1 % de la population.

Bien qu'une inflammation chronique soit souvent trouvée chez ces patients, aucun agent infectieux ou toxique n'a été clairement impliqué dans ce syndrome.

Sa cause étant inconnue, il est difficile de savoir s'il correspond à une maladie unique ou s'il regroupe plusieurs affections caractérisées par les mêmes symptômes.

Les patients présentent souvent des anomalies de la fonction immune, notamment une activation chronique de l'immunité innée et un déficit d'activité des cellules tueuses naturelles (cellules NK).

Intéressés par la récente découverte d'un nouveau rétrovirus, appelé XMRV (Xenotropic Murine leukemia virus-Related Virus), un virus apparenté aux virus de la leucémie murine xénotrope détecté dans un quart des cancers de la prostate, l’équipe de Judy Mikovits (Whittemore Peterson Institute, Reno, États-Unis) a cherché à savoir si ce rétrovirus pouvait également être associé au syndrome de fatigue chronique.
 
 

D'autant que les deux affections - cancer de la prostate lié au XMRV et SFC - ont été liées a des altérations de l'enzyme antivirale RNaseL.

Cette équipe (Lombardi, Mikovits et coll.) a analysé les cellules mononucléées sanguines périphériques de 101 patients atteints de SFC. Ils rapportent la détection de l'ADN du XMRV chez 67 % des patients (68 /101), contre seulement 3,7 % des témoins en bonne santé (8 /218).

En examinant les lymphocytes d'un patient, ils ont pu constater que l'infection XMRV concernait les lymphocytes B et T activés.

Transmission par voie sanguine?

Leurs expériences in vitro révèlent que le virus XMRV provenant des patients est infectieux, avec possibilité de transmission par virus libre ou associé aux cellules. Des infections virales secondaires ont ainsi été obtenues dans des lymphocytes non infectés, après exposition à des cellules mononucléées sanguines périphériques, cellules B ou cellules T activées, ou même au plasma infecté. Ce qui soulève la possibilité de transmission par voie sanguine.

Dans cette cohorte de patients affectés du SFC, l'infection XRMV n'était pas associée au génotype RNASEL.

« En résumé, nous avons trouvé une association hautement significative entre le rétrovirus XMRV et le syndrome de fatigue chronique, notent les chercheurs. Cette association soulève plusieurs questions importantes. » Le virus XMRV représente-t-il un facteur causal dans le syndrome ou simplement un virus passager dans la population immunocompromise des patients affectés du SFC ? Quelle est la relation entre le virus XMRV et la présence ou absence d'autres virus souvent associés au SFC (comme les Herpes virus) ? L'infection XMRV majore-t-elle le risque de développement du cancer dans le syndrome de fatigue chronique ? Plusieurs questions se posent donc, que devront résoudre les futures études.

Enfin, près de 4 % des sujets sains de l'étude étaient infectés par le XMRV. Ce qui suggère que 10 millions d'Américains et des centaines de millions de personnes dans le monde pourraient être infectés avec un rétrovirus dont le potentiel pathogénique humain est encore inconnu.

« Il est clair que des virus étroitement apparentés causent une variété de maladies majeures, dont le cancer, chez de nombreux autres mammifères, notent dans un commentaire associé les Drs Coffin (Tufts University, Boston) et Stoye (National Institute for Medical Research, Londres). Les futures études pourraient révéler que le XMRV est en cause dans plus d'une " vieille " maladie bien connue, avec des implications potentiellement importantes pour le diagnostic, la prévention et le traitement. »

Dr véronique Nguyen »

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Le Monde.fr édition 9 octobre 2009

 http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/09/un-lien-entre-un-virus-et-la-fatigue-chronique_1251718_3244.html

 

Un lien entre un virus et la "fatigue chronique"

La tentation était forte d'en faire une "fausse maladie". Une invention de laboratoires pharmaceutiques toujours prêts à sacrifier au "disease mongering", exercice de marketing scientifique consistant à formaliser sous un nom médical - pour y proposer un remède - un ensemble de troubles vagues, sans cause organique identifiée.

Le syndrome de fatigue chronique était de ces suspects : sans étiologie connue, il associe une grande lassitude physique à des douleurs articulaires, des troubles de la mémoire et du sommeil, des irritations de la gorge, etc. Le soupçon est-il levé ? Des chercheurs américains dirigés par Vincent Lombardi (Whittemore Peterson Institute, Nevada) et Francis Ruscetti (National Cancer Institute à Frederick, Maryland) viennent en tout cas d'établir un lien très étroit entre cette pathologie et un rétrovirus infectieux.

Leurs travaux, publiés vendredi 9 octobre dans la revue Science, ont consisté à analyser les échantillons sanguins d'un groupe constitué de 218 individus sains, puis d'un autre de 101 personnes souffrant du syndrome de fatigue chronique. Résultat : le rétrovirus XMRV (Xenotropic MLV - Related Virus) a été retrouvé dans 67 % des échantillons sanguins prélevés sur les personnes souffrant de la maladie en question. Et chez seulement 3,7 % des individus ne se plaignant d'aucun trouble.

Le XMRV est la version "humaine" du MLV (Murine Leukemia Virus), un rétrovirus responsable de leucémie chez la souris. "Le XMRV a été mis en évidence dès 2006 dans certaines tumeurs de la prostate, explique le virologue Thierry Heidmann (Institut Gustave-Roussy, CNRS, université Paris-XI), spécialiste du monde rétroviral. Il s'ajoute aux deux autres rétrovirus infectieux humains connus, le VIH, responsable du sida, et le HTLV (Human T-cell Leukemia/lymphoma virus), responsable de certaines leucémies."

Pour autant, si les chercheurs disent avoir découvert "une association hautement significative" entre le XMRV et le syndrome de fatigue chronique, ils n'en sont pas moins très prudents sur les conclusions à en tirer.

"Nos observations soulèvent plusieurs questions importantes", écrivent-ils. En particulier celle de savoir si c'est le virus qui déclenche (ou co-déclenche) le syndrome. Ou si, au contraire, c'est l'état de faiblesse induit par le syndrome chez les individus - d'où l'affaiblissement de leur immunité - qui suscite ou permet la présence du XMRV...

Qui est l'oeuf, qui est la poule ? "Aujourd'hui on l'ignore, tant pour certains cancers de la prostate que pour ce syndrome", dit M. Heidmann, qui ajoute que c'est désormais à l'épidémiologie de prendre le relais pour contribuer à trancher la question. Ce qui sera très ardu pour la "fatigue chronique". Car en poser le diagnostic de manière univoque semble difficile.

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